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Entretien avec le coach 2/2

Deuxième partie de cette interview bilan de l’entraîneur de l’équipe 1 de l’US Créteil Handball. Dragan Zovko revient pour USCHB.fr sur ses six mois cristoliens.

Tu es un entraîneur qui travaille avec ce côté psychologique ultra présent dans ta façon de voir le poste d’entraîneur. Qu’as-tu dit à tes joueurs lorsque la relégation a été officialisée ?

Je leur ai dit que c’est la vie, que sur le plan personnel, je suis déçu. Mais c’est peut-être la meilleure chose qui pouvait nous arriver sur le plan du travail et du progrès. Certainement que pour l’image du club, ce n’est pas la meilleure des choses. Mais il faut aussi que l’on tienne compte dans ce club, de l’image que l’on renvoie. Et elle n’était pas très positive. Je m’attache à changer cela. Je leur ai dit que cette année, cela a été comme ça, que la saison avait été décevante mais que l’année prochaine, il faut rebondir, remonter. Il faut rester dignes. Ce n’est qu’en travaillant et pas en parlant que nous y arriverons. Avec les joueurs, nous avons analysé tout cela. Cette année, je ne vais pas faire dix matches amicaux, quatre tout au plus. Donc je pense que si l’on parvient à épurer certaines choses et que nous revenons aux vraies valeurs, nous avons tout gagné. Ceux qui doivent partir partiront, ceux qui doivent rester resteront. Nous avons aujourd’hui des garçons comme Descat, Minel, Sissoko qui sont en Equipe de France Espoirs, l’antichambre des A. Est-ce qu’ils vont confirmer ? Cela ne tient qu’à eux de réussir. Mais pour que l’on réussisse tous ensemble aussi. Mais je ne suis pas sûr que tous les joueurs ont tout compris. On leur a dit « vous serez bons » et ils attendent qu’ils soient bons. Mais on a oublié qu’ils seront bons s’ils travaillent, s’ils ne sont pas blessés et s’ils ont de la chance. Il faut travailler énormément, ne pas se blesser parce que cela peut arriver en faisant du ski. Et il faut avoir de la chance parce qu’il faut être bon au bon moment, être meilleur que l’autre. Le travail est 80% de la réussite. Quel entraîneur ne fera pas jouer un joueur qui travaille énormément ?

Nous avons commencé tard à travailler. Face à Montpellier, nous avons vu une envie parce que l’équipe a joué sans pression. Si nous jouons mal, c’est que nous ne voulons pas puisque l’on a montré que l’on pouvait être bons. Donc je pense qu’il faut revenir sur des valeurs simples. Il y a eu trop de choses laissées au hasard, trop de négligence du détail. A 1’36 contre Istres, un détail coûte un point. A 30 secondes de la fin, contre Cesson, un détail coûte un point, et contre Dijon aussi. Tu mets trois points de plus et on a seize points. C’est une minute et demi qui nous fait perdre ces trois points.

Donc c’est aussi simple que ça, trois petits détails. Et maintenant, il n’y a plus de ça. Si on descend, c’est que nous ne méritons pas d’être en D1. Certains matches, on les perd, c’est normal mais d’autres, nous n’avons pas montré l’envie. Donc l’année prochaine, je ne peux pas garantir que l’on montera, ce serait stupide. Mais au moins, nous mouillerons le maillot. Il faut que Créteil ne soit plus une étape. Quand tu signes à Créteil, c’est un honneur de porter ce maillot. Quand tu viens de province ou autre pour signer à Créteil, c’est un honneur. Pourquoi ce serait plus un honneur de signer ailleurs ? Parce que ce sont des équipes mieux classées ? Parce que le club paie plus ? Donc, ce que je veux dire, c’est que le maillot de Créteil, ça se mérite. Le mec qui joue ici, il aura la chance d’avoir 1000 personnes derrière. Être sous les projecteurs, d’accord et qu’il soit payé en conséquence, cela ne me dérange pas. Il doit juste être humble, ne pas se prendre pour un grand et mouiller le maillot. Et que quand il terminera sa carrière, il dira « Moi, j’ai joué à Créteil. » Pourquoi dit-on que Créteil est un club emblématique ? Parce qu’il y eu des mecs… Aujourd’hui, certains pensent que parce qu’ils sont à Créteil, ils sont des joueurs emblématiques. Mais non, ce sont les joueurs emblématiques qui font un club emblématique, et pas l’inverse. C’est ce que j’essaie de faire comprendre. Nous sommes descendus, j’étais aux commandes du bateau. Nous nous devons de faire remonter le club et redonner cette dimension nationale à Créteil.

Quand tu es un joueur de haut niveau, tu dois répéter les performances régulières. Un mec qui met six à sept buts par match est un joueur performant. Une équipe qui gagne 15 à 20 matches, c’est une équipe performante. Pour être performant, il faut se remettre chaque fois en question. Le premier match de la saison prochaine est Billère. Pour gagner, tu as dû te remettre en question pendant la préparation. Si tu gagnes le match, tu n’as rien fait, la sa ison est longue. Il faut qu’ils se projettent directement sur le match suivant face à Pontault-Combault, qu’il faut gagner. Ils doivent se demander ce qu’ils ont mal fait sur ce match pour l’améliorer. Et comme ça, au fil des jours, des mois et des années. A chaque fois, on se remet en question. Et c’est comme ça que l’on évolue et que l’on est un joueur de haut niveau. Ce n’est pas en étant payé et en ayant un maillot. Des mômes ici ne comprennent pas. Dans leur regard, dans leur comportement, il n’y a rien de plus qui montre qu’ils ont envie de se battre. C’est plat. Donc il faut changer ça. Et pour changer les attitudes, il faut du temps et du travail. On sait que la sortie du tunnel est là-bas. Donc maintenant, on ne se pose pas de questions. Si on ne veut pas avancer, tant pis. Mais il faut regarder devant pour avancer.

J’ai parlé de tout ça, avec les joueurs pendant 15-20 minutes. On sait ce que l’on veut, une équipe qui monte, des joueurs qui ont de la volonté, une équipe de Créteil qui fait envie. On veut mettre en place une rigueur, une exigence du Haut Niveau. On veut redevenir grand. On sait qu’il faut du temps et du travail. Ils disent qu’ils sont prêts. Alors je suis là. Si tu me dis que tu veux aller à Paris à pied, je te dis « d’accord, on y va mais maintenant, ne pleure plus. » Je pense que l’on a prévu un maximum de détails, même les pires scénarios. Je suis garant de tout ça, du travail. Si ce ne sont pas les résultats escomptés, j’en tirerais les conséquences. Mais je sais où il faut passer. Et si certains essaient de me faire croire que parce qu’ils s’appellent Pierre, Paul ou Jacques, on va s’en sortir… Ouh lala… Il y avait des noms plus clinquants dans cette équipe que dans d’autres qui se sont maintenues. Mais ce n’est pas avec leur passé que l’on gagnera la D2. Avec leur passé, on sait qu’ils peuvent mais maintenant, tout reste à faire.

Tu es impatient de commencer le championnat ?

Non non non… mais je ne suis pas impatient. On travaille déjà. A l’entraînement tout à l’heure (mi-juin), tu as vu que ça leur fait drôle. Ils doivent y aller vraiment. Mais tout ce que l’on fait là, ce ne sera que bénéfique pour la reprise. Il ne faut pas qu’ils oublient qu’il faut qu’ils travaillent.

Et toi dans tout ça, tu comptes couper un peu ?

Je vais partir en vacances quelques jours. Nous reprenons le 26 Juillet, nous partons en stage. Le 12 septembre, le championnat commence. J’ai déjà commencé la préparation. Il a été prévu 57 entraînements, 9 jours de repos et 4 matches amicaux. Je dois préparer et réfléchir ces 60 entraînements. Je dois analyser les équipes de D2. Il y a le recrutement des joueurs ainsi que la logistique pour tous les déplacements de la saison prochaine. Et puis voilà, on dit que je suis en vacances mais tu en tires la conclusion que tu veux (sourire). Je vais passer un peu de temps avec la famille parce que je ne la vois pas. Il faut bien sinon c’est divorce et je n’ai pas envie de ça. On appelle ça les vacances. Ma femme sera sur la plage et moi, dans un chambre avec l’ordinateur et le téléphone. C’est un mode de vie que j’ai choisi. Je ne me plains pas parce que j’aime ce que je fais. Pour le moment, il n’y a pas de feux rouges qui s’allument comme dans la voiture pour alerter sur la santé. Il y a des challenges ici et je le fais avec plaisir. Des fois, il y en a marre parce qu’il y a trop de choses à faire pour la formation d’entraîneur mais j’aime bien. Donc on se retrouve en juillet (rires).

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